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Paranoïa
Cinéma

Index 

  • 1 (Le public pop-corn)
  • 2 (Les enfants)
  • 3 (Ciné-réalité)
  • 4 (Les mauvais films)
  • 5 (Les cinq sens)
  • 6 (Le langage)
  • 7 (Un tournage)
  • 8 (Inspiration)
  • 9 (La politique)
  • 10 (La loi des séries)

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Cinema / Paranoïa

  (2e cycle)

CINÉMA 1                                            20 Décembre 2004

Le public pop-corn. Voilà une expression intéressante. Elle désigne les spectateurs qui vont au cinéma rarement, le plus souvent le week-end (mais ne vous y fiez pas trop, ils changent leurs habitudes assez souvent) et qui en profitent pour se gaver de pop-corn pendant la séance. Mais comme tout le monde ici s'en doute, il serait trop facile de limiter le public pop-corn à ceux qui mangent des pop-corn au cinéma. Non, ces gens mangent de tout.
Ne riez pas. Vous en faites peut-être partie. Le public pop-corn est un public non-cinéphile, qui va encore au cinéma pour se distraire, comme tout à chacun irait faire un tour à la fête foraine, en famille. Ce n'est pas tout à fait banal, mais tout de même assez facile d'accès pour que cette sortie ne prenne pas les allures de dîner dans un  restaurant chic. Avec tous les inconvénients que cela entraîne.
Le cinéma est devenu pour ce public un moyen de regarder un film, comme ils en verraient un installés dans leur salon, mais sur grand écran, dans le noir, avec un meilleur son et dans des fauteuils accrochés au sol (difficile de dire qu'ils sont confortables, cela tient plus à ce qu'ils sortent du commun). Mais ce public pop-corn a aussi tendance à oublier qu'il n'est pas tout seul dans la salle, qu'il y a d'autre gens avec lui. Ce qui implique les comportements suivants :
 

Téléphones qui sonnent en plein milieu de la séance (certains répondent), pieds sur les sièges, emballages bruyants, machouillage bruyant, discussion (à voix basse ou pas), consommation de cigarettes (ou autre)...

 
Non respect d'autrui. Bien entendu, c'est une description forcément négative qu'a ce type de public. Il n'est néanmoins pas forcément méchant. Par exemple, il peut se constituer d'une simple famille, deux jeunes parents accompagnant leur enfant âgé de huit ans. Celui n'aura juste pas appris qu'il faut qu'il se taise.
Mais surtout, pour moi, ce public, c'est le public qui remplit aujourd'hui les salles de cinéma. Ce public qui fait que beaucoup préfère ne plus se déplacer et profiter chez eux, tranquillement et en faisant ce qui leur plait, des films, sur leur home-cinéma. Et si, le public pop-corn désignait tout simplement le public qui va encore au cinéma ?

CINÉMA                                            04 Janvier 2005

Les jeunes enfants emmenés au cinéma... Une vrai calamité, non ? Pour peu que vous alliez voir un film de Disney, le dernier Pixar (Les Indestructibles pour ne pas le citer) ou n'importe quel autre film dédié autant à ceux dont l'âge est inférieur au degré d'alcool d'une Guiness qu'à ceux dont il est supérieur à celui d'une Smirnoff, vous allez devoir subir les rires enfantins, les pleurs, les gamins qui ne savent pas rester assis ou muets plus d'une heure... Et pourtant.

On n'en a pas forcément conscience lorsqu'on entre dans une salle de cinéma, mais nous y redevenons tous un peu des enfants. Sans tomber dans un cours de Cinéma et Philosophie, l'expérience de visionnage d'un film est depuis longtemps rapproché de l'expérience onirique, autrement dit du rêve. N'oublions pas que le rêve est un des dernier vestige de l'enfance qu'on retrouve chez l'adulte, la part qui veut encore s'amuser dans l'insouciance, sans avoir à s'en faire des conséquences de ses actes. La vision du film est aussi rapproché de la naissance. Pour chaque film vous faisant découvrir un nouvel univers, qu'il soit fantastique (Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter, Matrix) ou pas (Les Incorruptibles, Rio Bravo, The Hours), c'est comme une nouvelle naissance qui s'offre à vous. Si le film est mauvais, pas besoin de pousser le cri du nouveau né, merci.

Ainsi, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, lorsque vous visionnez un film, vous êtes soit en train de rêver, soit en train de naître à nouveau. Cette expérience se limite néanmoins à l'expérience en salle de cinéma, plongé dans le noir, loin de l'environnement habituel dans lequel chacun de nous évolue chaque jour. Et cette réflexion est encore l'occasion de revenir sur le fait si troublant, si inquiétant, de la baisse de fréquentation et de la préférence croissante des gens pour le DVD @ home. Soit plus de rêve, plus de naissance. Plus d'enfants ? Belle société qui s'annonce, non ?

CINÉMA 3                                            22 Janvier 2005

La Télé-Réalité... Je sais, on s'éloigne un peu du sujet habituel du cinéma, mais après tout, il faut bien remonter jusqu'au singe pour parler de l'homme et inversement dans la science comportementale. La Télé-Réalité est un phénomène plutôt jeune chez nous, apparut à l'aube du XXIe siècle, presque le bug de l'an 2000 donc. Mais l'histoire a commencé bien plus tôt chez nos homologues américains, finlandais ou norvégien. Oui, c'est un phénomène nordique au départ, histoire de ne pas avoir froid aux yeux par rapport à ce qu'on regarde.

Partons d'une liste non-exhaustive du phénomène en France : Loft Story, Star Academy, Kho-Lanta, L'Île de la Tentation, Fear Factor, La Nouvelle Star, Popstar (bon, j'arrête là, je vais faire une crise d'apoplexie).

Le concept ? En théorie, mettre des caméras devant des gens qui ne sont ni acteurs et les placer dans certaines situations de la vie réelle, au grand (dé)plaisir du téléspectateur. Le concept qui marche le mieux étant de leur donner un but, les faire devenir une star (de la chanson, rien de mieux pour l'instant), rêve commun à tous. La Télé-Réalité a cela d'intéressant qu'elle s'adresse à un spectateur actif, puisqu'il peut voter et choisir de l'orientation que prendra l'émission, un peu comme s'il choisissait le scénario de sa série. Le problème, c'est que s'il choisit le sort des personnages (lui n'est pas intéressant, il sort), il ne peut en aucun cas décider le déroulement de l'émission. Et le déroulement est la plupart du temps complètement idiot, tout comme le spectateur qui s'attarde devant l'écran.

Et pourtant, ça marche. Tellement bien qu'on trouve aujourd'hui autant de ces émissions que de séries Tv conventionnelles. Pendant combien de temps sera-t-on tranquille ? Pendant combien de temps cette conception "réelle" du divertissement va-t-elle se cantonner à l'univers télévisuel ? Quand un stupide innovateur va-t-il adapter le réel au cinéma ? Jamais pourrait-on dire. Après tout, des personnes n'ayant jamais jouée dans un film, l'idée existe depuis 1945. Le seul projet qui pourrait se rapprocher de la télé-réalité pour former le ciné-réalité, ce serait que les personnages ignorent la présence de la caméra et soient placé dans des situations qu'ils ne peuvent choisir. Plus qu'à espérer que ça ne tombera pas sur nous. Ou sur vous.

CINÉMA 4                                            19 Février 2005

Les mauvais films. Tout le monde en a au moins vu dix dans sa vie, même s'il ne peut pas citer un seul bon film. Ça tient parfois même à une sorte de compétition, celui qui peut citer un certain nombre de mauvais films. Ou, autre genre, celui d'aimer les mauvais films. C'est parfois tellement mauvais que c'en est hilarant. Pour ces afiocandos des mauvais films, les géniaux producteurs de cinéma ont créés les séries B et Z. Quelle grande idée. Mais malgré tout, quand on regarde les films produits au cours de l'année 2004, de combien peut-on dire qu'ils nous ont marqués, retournés, bref marqués ? Difficile, non ? Surtout quand on voit tous les mauvais films faits à côté.

Mais voilà, si les mauvais films n'existaient pas, qu'est-ce qui feraient qu'un bon film serait bon ? C'est toujours la même question. Si la vie n'était faite que d'évènements heureux, la plus petite égratinure deviendrait un drame, une tragédie, un tsunami... Mais je m'emporte. On a toujours besoin de voir un mauvais film pour le comparer à un bon. Si le cinéma n'était fait que de bons films, ce serait certes merveilleux, mais des critères comme l'innovation ou l'originalité seraient-ils encore d'actualités ? Un bon film n'est pas forcément un film qui innove mais est surtout un film qui distrait (c'est la fonction première du cinéma, que vous soyez distrait en réfléchissant ou en étant simplement avachi dans votre fauteuil). Les mauvais films sont nécessaires au bon fonctionnement du monde et leur non-existence aboutirait à un paradoxe infernal pouvant provoquer jusqu'à la destruction totale de l'univers (ou seulement de notre galaxie, si on reste optimiste).

Reste le cas des films moyens. Mais si, ces films dont vous ne savez que dire, qui comportent autant de qualités que de défauts et dont votre critique, lorsqu'un ami vous demande votre avis, se résume à : "Ouais, c'était pas mal, mais... Voilà, sans plus." Que viennent faire ces films dans l'univers qui serait parfait du cinéma ? Comme le monde, qui n'est ni tout noir ni tout blanc (il est gris), le cinéma ne peut comporter que de bons et de mauvais films, il en faut des moyens. Mais que sont-ils réellement ? Le mauvais film, par exemple, est un film qui a tout simplement manqué de soin. Un bon film est un film dont on s'est assuré qu'à chaque étape de son développement, il bénéficiait du top niveau. Un film moyen ? Deux solutions : c'est soit un mauvais film qui est raté puisqu'un peu trop réussi, soit un bon film raté puisque pas assez soigné. Ces films sont inutiles et sont ceux qui ne devraient vraiment pas existaient. On ne peut même pas rire d'eux ! On ne peut même pas en avoir pitié ! C'est juste... Dommage.

Maintenant, comme certaines personnes aiment aller voir des mauvais films (un peu SM dans l'âme ces gens-là), il y a des types que ça ne dérange pas de voir un film moyen. Tous préfèreront voir un bon film mais, de toute façon, un bon film n'existe pas. Quoi ? Vous ne vous êtes pas encore rendu compte que "bon", "moyen" et "mauvais" sont des critères de jugement subjectifs et qu'on ne peut être tous d'accord sur la qualité d'un film ? Mais non, tout ce que j'ai écrit ne sert pas à rien. Ce que je souhaite faire comprendre, c'est que selon vos propres critères, voir des mauvais films et des bons films est important. Rien que pour savoir faire la différence entre les deux...

CINEMA 5                                            11 Avril 2005

Les cinq sens. On va se calmer après nos prédictions paranoïaque de la semaine dernière (et qui se sont révélée exacte... La CIA lit probablement ces quelques mots en même temps que vous) et parler de cinéma, le septième et dernier art à avoir officiellement acquis ce statut (la BD n'est le 9e art que pour une minorité de gens). Comment percevons-nous le cinéma ? D'abord, par un artifice visuel. Au départ, n'oublions pas que le cinéma n'était que de la photographie, mais de la photo animée. C'est grâce au mouvement de la pellicule au rythme de 16 images par seconde, puis par 24 images par seconde que nous percevons le film comme un mouvement relativement similaire à la réalité. C'est donc grâce à la persistance rétinienne (même si le phénomène n'existe pas dans la rétine mais dans le cortex), en trompant l'oeil, que nous percevons le cinéma.

Mais si le cinéma n'était dépendant que de notre vue, il serait resté aussi expressif qu'une simple photographie, assez peu donc, n'en déplaise aux photographes. La différence est l'histoire que peut raconter le cinéma lorsqu'une photographie se limite à une seule vue. L'arrivée du son, quelques trente années après l'invention du cinématographe, a beaucoup amélioré le processus du récit, en faisant appel à l'ouïe du spectateur. Ouïe qui était d'ailleurs bien utilisée auparavant avec les orchestres ou autres disques qui accompagnaient les séances. Ainsi, la musique ajoutée aux images pouvait faire naître une émotion plus intense. Ensuite vint la parole, permettant un récit plus complexe tout en restant compréhensible. L'ouïe se révèle essentiellement à notre compréhension et donc à notre perception du cinéma.

Restent le goût, l'odorat et le toucher. Si on a plusieurs fois parlé d'un cinéma odoriférant, jamais encore l'expérience ne s'est révelée assez concluante pour la mettre en pratique à grande échelle. Pour le goût, comment le retrouver si ce n'est en dévorant son pop-corn devant un bon buddy movie ? Quant au toucher, l'expérience du cinéma 3D et des images qui sortent de l'écran jusqu'à sembler proche de nous, assez proche pour qu'on puisse les carresser de la main, semble la plus proche de cette sensation. C'est trois sens sont finalement assez peu présent dans le processus de perception du cinéma, sont-ils inutiles ? Le film est une représentation, que ce soit de la réalité ou pas, et nous permet d'entrer dans un monde, similaire au nôtre ou pas. Si le goût, l'odorat et le toucher n'y sont pas utiles, le sont-ils dans notre réalité ? Prenons la question dans son sens inverse. Si le goût, l'odorat et le toucher sont utiles dans la réalité, pourquoi ne le seraient-ils pas pour un film ? Ils le sont. Pas directement du moins, mais par identifications à ce que nous voyons. Lorsqu'un personnage se blesse ou lors d'une scène d'amour, instinctivement, inconsciemment, notre sens du toucher est mis en éveil. Lorsqu'un personnage dévore un sandwich à l'écran, la faim ne se fait-elle pas sentir ? Nous avons besoin de ces sens pour connaître et ressentir l'histoire qui nous est montrée.

Les cinq sens sont essentiels à notre perception du cinéma, comme à notre perception du réel, et cela même si on reste confortablement assis dans son fauteuil. Un sourd perd l'essence du cinéma. Si le monde était aveugle, le cinéma n'existerait même pas. Et si une personne était insensible au goût, à l'odorat et au toucher dès sa venue au monde, il perdrait une dimension essentielle de ce qu'est l'aventure cinématographique.

CINEMA 6                                            13 Juin 2005

Le langage. J'aurais pu passer par de nombreux thèmes philosophiques dans cette rubrique, mais j'ai décidé de m'intéresser au langage au cinéma, ce qui est beaucoup plus concret. Le langage au cinéma n'a pas toujours été, d'ailleurs, puisqu'au départ tout était muet. Et un beau jour de 1926, un film se met à se sonoriser. Il ne faudra pas longtemps pour que les films se mettent tous à parler, chanter, le tout dans les différentes langues disponibles dans le monde. Mais si aujourd'hui le doublage est pratiqué de façon constante, à l'époque, c'était différent. A chaque fois qu'on voulait avoir un film américain en français, il était entièrement retourné, avec réalisateur et acteurs français. Comment en est-on venu à la pratique du doublage ? ça ne paraît pas un peu dingue d'enlever les dialogues d'un film pour remettre les siens, pour que ce soit "plus compréhensible" ?

Aujourd'hui, l'affaire du doublage est devenu l'éternel combat de la Version Originale et de la Version Française. Chacune a ses défenseurs. Certains préfèrent voir un film tel qu'il a été fait à l'origine, en VO, quitte à lire les sous-titres pendant tout le film. D'autres veulent pouvoir profiter pleinement du film et ne rien manquer de l'image en cherchant à comprendre le son, et vont voir le film en VF. Autre argument de la deuxième partie, on ne va pas au cinéma pour lire. Qui n'a jamais été voir un film en VO pour voir d'autres personnes sortir de la salle au début du film parce qu'il n'est pas en français ?
Il y a aussi ceux qui vont voir les films en VO seulement lorsque le langage original leur est familier. Ainsi, inutile d'aller voir un film japonais en japonais lorsqu'on ne comprend rien en japonais ?

Heureusement, les mentalités évoluent. La VO, auparavant limitée aux cinémas d'Art et Essai, entre maintenant dans les cinémas commerciaux, les multiplexes. Et ce, même si la caissière continue à vous demander :
"Mais c'est en VO, vous êtes sûr que c'est ce que vous voulez ?"
Maintenant, qui a raison ? La Version Originale ? La Version Française ? Beaucoup préfèrent la VO parce que la voix fait partie du jeu des acteurs. Expression, intonation, ou juste timbre de voix... Avec le doublage, leur jeu est modifié. D'ailleurs, qui n'a jamais vu une Version Française complètement démolie par le doublage, parce que baclée ? Et pourtant, la VF a ses avantages. On la préfère pour les films qu'on a vu quand on était trop jeune pour lire les sous-titres (Retour Vers le Futur pour ma part), ou quand le doublage est assuré par des professionnels, comme les films avec Bruce Willis doublé par son doubleur officiel.

A l'heure où les films d'animations se multiplient, et où la voix ne fait plus partie du jeu de l'acteur (bah oui, l'acteur est numérique), comment considérer le doublage ? Le problème se pose encore. En VO, les acteurs qui doublent les personnages animés sont souvent célèbres, et en VF, s'ils sont célèbres, ce n'est pas souvent pour leurs talents d'acteurs... VO, VF, chacun a sa préfèrence. Mais plus que des gens et du langage qui est le leur, c'est du film et de son langage que tout dépend.

CINEMA 7                                            10 Août 2005

Un tournage. Pour les deux du fond qui ne suivraient pas, oui, ceux à côtés du radiateur, nous parlons ici d'un tournage de film. Le mot en lui-même vient des premières années du cinéma où il fallait encore tourner une manivelle pour actionner le moteur des caméras. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. "Moteur !", on appuie sur le bouton rouge. "ça tourne" répond alors le cadreur chargé de la précieuse caméra. Tout le monde est en place. "Action !" crie le réalisateur. Les comédiens entrent en scène. Ils jouent. Jusqu'à ce que leur interprétation prenne fin, les techniciens gardent le silence, et avec une maîtrise experte, ils capturent les images et les sons qui émanent des acteurs. Et, enfin, le réalisateur crie "Coupé !", avec un soulagement à peine dissimulé. La scène est en boîte, elle est bonne. Voilà comment se passe un tournage. Ou comment il devrait se passer. C'est rarement le cas.

Un tournage pourrait plutôt s'identifier à un naufrage. Certains ressemblent au titanic, d'autres au radeau de la méduse, les survivants regagnent le port dans la majorité des cas, mais dans quel état ! Tout part d'un embarquement comme un autre, ou plutôt, comme ceux qui pouvaient avoir lieu au 16-17e siècles. Un armateur prépare son bâteau, engage un capitaine et un équipage pour partir à l'aventure. Prenez Christophe Colomb et imaginez-le en Steven Spielberg par exemple. Parfois, le capitaine est un vrai pirate, donnant des ordres à tort et à travers sans faire attention aux besoins de ses matelots. D'autre fois, il hésite à faire naviguer son bâteau par la droite ou par la gauche, notamment quand il se fait attaquer et qu'il commence à paniquer. Dans les deux cas, son attitude peut entraîner une mutinerie de l'équipage et le capitaine ne garde plus que son titre. Il est relegué à fond de cale. Quand le capitaine du navire connaît son affaire, rien n'empêche cependant le navire de rencontrer des tempêtes incroyablement difficile à surmonter. Les mâts du navire peuvent de briser, les toiles des voiles peuvent se déchirer, des matelots peuvent tomber à l'eau, la nourriture peut se révéler invariée ou en quantité insuffisante... Le naufrage n'est jamais loin.

Pour aller plus loin dans la comparaison, faire un film, c'est comme partir pour l'Ile au Trésor de Stevenson. On part plein d'espoirs, on rencontre de sérieuses désillusions pendant le voyage, et on revient changé. Reste que le film doit se faire. Les spectateurs se rendent rarement compte de ce que l'équipe du film a dû affronter pendant la production. A l'image, nul trace de cette cassette qui manquait, de cette pluie qui a détruit tout un décor ou encore de cet acteur trop bavard. Le spectateur ne garde que le meilleur du processus. Un peu comme l'armateur du bâteau, à qui revient les bénéfices et trésors que sont partis chercher l'équipage. Et en fait, la plupart du temps, indirectement, c'est le spectateur qui est l'armateur du film. C'est pour lui qu'on choisit tel réalisateur, tel acteur, tel scénario. Pour lui plaire. Le spectateur est-il acheteur ou vendeur ? Lors d'un tournage, c'est difficile à dire. On en vient à ne plus savoir ce qu'on fait pour lui.

Comme disait un autre grand philosophe, la vie, c'est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Il en va de même avec le cinéma. On ne sait jamais vraiment ce qu'on va tourner. On ne sait que rarement avec qui on s'embarque et vers quoi. Et aucun des navires ne revient jamais comme il est parti. Son équipage n'est plus au complet, le bâteau est abîmé... De quoi donner le mal de mer. Un tournage est une expérience similaire, souvent difficile. Et son seul but est de faire passer au spectateur un agréable moment, durant une douce croisière.

CINEMA 8                                            27 Septembre 2005

Inspiration. C'est sans doute de là que vient l'art, sous n'importe quelle forme. Il en du moins fortement tributaire. Le cinéma autant que la peinture ou que la musique. Que serait un réalisateur sans inspiration, un acteur sans inspiration ? Rien d'autre qu'un ouvrier. Et si un ouvrier peut faire son travail avec merveille et excellence, il n'en est pas moins contraint à ne faire que ce qu'il sait faire. L'inspiration lance vers l'infini et au-delà, un dépassement des limites. Un acteur inspiré en viendra aux larmes dans une scène où, sans elle, il aurait tout juste été capable de grimacer (Sean Penn, si tu me lis, sache que tu sais faire les deux). L'inspiration, dans le cinéma, intervient dès le scénario. Mais que fait un scénariste lorsque l'illumination ne lui vient pas, qu'il souffre du syndrome de la page blanche ? Il s'inspire...

Un scénariste graciée par l'inspiration et un scénariste qui s'inspire sont deux choses très différentes. Le premier créera un monde nouveau, y fera naître des personnages qui seront eux-mêmes régit par des règles inédites, et tout ce petit monde s'en ira gaiement à l'assaut du grand écran. Le second, par contre, s'inspirera de ce qui l'entoure, de ses lectures (qui a dit adaptations littéraires ?), de la société qui lui est contemporaine, des évènements importants de son siècle (Tolkien, si tu me lis, toi aussi tu sais très bien faire les deux). Et ce qui m'intéresse, moi, ce que nous nous attardions un moment sur le second cas. Alors oui, bien entendu, il est majoritaire dans le clan des scénaristes. De moins en moins sont gagnés par l'inspiration, la plupart s'inspire de ce qui leur tombe sous la main, bon ou mauvais matériel. J'en veux pour preuve la statistique suivante : 40% des films sortis sur nos écrans cette année étaient adaptés de livres. Plus d'un sur trois ! Ah oui, quand même.

Mais il y a des scénaristes peu inspirés qui s'inspire d'autre chose, misant, sinon sur l'originalité, au moins sur l'audace. Car ceux-ci traitent des évènements majeurs. Exemple ? Les attentats du 11 septembre 2001 (oui, au pif). Quatre ans après le drame, déjà deux films sont en préparation au coeur des studios hollywoodiens, et c'est sans compter les nombreux docu-fictions qui nous refont vivre la tragédie en nous plongeant dans un des avions qui allaient s'écraser sur le World Trade Center. A quand un film décortiquant les motivations de Ben Laden ? (je vois que la CIA nous a rejoint, bienvenue). Autre exemple avec le film "La Chute", retraçant les derniers jours d'Hitler. Plus de cinquante ans après l'holocauste et sa bêtise humaine. On pourrait croire qu'assez de temps s'est écoulé pour traiter le sujet. Et pourtant... Nombre de gens se sont indigné du traitement de l'histoire (plus sur le forme que sur le fond, certes, mais bon). Qu'en sera-t-il avec les films sur le 11 Septembre ? N'aura-t-on que des films où les gentils sont des anges et où le patriotisme et la foi domineront ? Aucun regard critique ? L'avenir nous le dira.

L'inspiration est aujourd'hui si rare dans le monde du cinéma qu'on pioche là où les rebondissements sont si incroyables qu'on peut les voir sur grand écran. Dans la vie. Aujourd'hui le 11 Septembre, sans doute Coming Soon In Theatre les cyclones Kathrina et Rita... Mais est-ce que quelqu'un s'est soucié de savoir si assez de temps s'était écoulé ? Non. Si les gens ne sont pas prêt, il suffira de les bousculer un peu. De toute façon, le tiroir-caisse se remplira de lui-même...

CINEMA 9                                            10 Décembre 2005

La Politique. Je parlais encore il y a quelques temps de l'inspiration et de ses travers dans le cinéma. Sans que cette chronique y fasse directement suite, elle traite elle-aussi du sujet des films, toujours sensible à trouver. Les films de cinéma ont ce point commun de posséder un large fond fictionnel. Néanmoins, le nombre d'oeuvres qui possèdent un sous-jacement plus subtil n'est pas négligeable. Une seconde lecture. Qui peut-être, comme nous allons le traiter maintenant, un plaidoyer politique.

Un message est toujours difficile à faire passer. Même aujourd'hui, avec l'explosion du monde des télé-communications, victime de son propre succès. Internet est devenu un foure-tout indéfinissable dans lequel on ne trouve souvent que ce qu'on ne cherche pas. Alors, un message... Le monde de l'image est parasité par l'utilisation qu'en fait notre société. Impossible de sortir dans la rue sans se trouver confronté à une publicité quelconque, souvent illustrée d'un jolie mannequin légèrement dénudée. Même si ce n'est pas forcément désagréable (mais si, avouons-le) comment ensuite faire passer un message pour la faim dans le monde, la paix entre les peuples ou un big mac à seulement 4.99 euros ? Notre attention se relâche, jusqu'à ne plus trouver ce qui est important.

Le cinéma offre alors une tribune toute particulière. Quelle magnifique cible que ces centaines de milliers de spectateurs, à travers le monde, qui entre dans une salle obscure pour y trouver un monde qui leur permettrait de se détacher du leur. Mais dans le noir, qui distingue la réalité de la fiction ? Personne. On assimile les deux de la même manière. Un message sur les guerres de gang en amérique du sud ? Facile. Un message contre le traffique d'armes ? Pas impossible. Un film dénonçant les horreurs de la guerre en Irak ? Il suffit de s'appeler Sam Mendes et d'avoir un oscar. Pour autant, ces films aux sujets politiques ne sont pas forcément aisés à produire. L'argent est réticent à prendre position. Mais tant qu'il y a une histoire qui tient la route pour faire passer autant une première qu'une deuxième lecture, les films se feront. Ce n'est que du cinéma...

Il y a aussi l'exemple à part du Documentaire. C'est un genre largement à part, peut-être sous-estimé, dans le microcosme interne du cinéma. Les majors hollywoodiennes s'y intéressent à peine, et la situation n'est pas plus reluisante en France. Seuls quelques docus, quelques réalisateurs, arrivent à percer au cinéma. Par exemple, Luc Jacquet et sa "Marche de l'Empereur". Tout dépend du sujet, de ce qui touche les foules. Dans ce domaine aussi, on trouve souvent des thèmes politiques. La meilleure démonstration est celle, plus ou moins récente, que nous a fait Michael Moore deux fois de suites, avec "Bowling For Columbine" et "Farenheit 9/11". Deux brûlots politiques qui prennent farouchement position, le dernier étant directement une tarte lancée à la tête du président Bush.

La Politique au cinéma, ne nous faisons pas d'illusion, ça marche bien, ça marche fort. Tellement que d'autres domaines ont décidés d'imiter ceux qui font passer leurs idées par ce média. Qui ? Les publicistes. On peut faire passer un point de vue dans un film ? Des publicités pour Nike, Puma, ou la dernière Mercedes aussi. Voir Will Smith montrer quatre fois de suite ses nouvelles chaussures dans "I, Robot", c'est priceless. Tout comme voir Ewan McGregor et Scarlett Johanson pendus au logo géant de Reebok (The Island). Dans un film qui traite néanmoins du clonage, sujet on ne peut plus brûlant. Troublant, n'est-ce pas ?

CINEMA 10                                            05 Mars 2006

Les séries. Quel meilleur sujet que celui-ci pour terminer ces chroniques, cette série d'essais ? Les séries, ça fait un bout de temps qu'elles ont envahies le petit écran. Nombreuses sont celles que partagent les générations d'hier, d'aujourd'hui et même de demain, grâce aux nombreuses rediffusions. Et si la diffusion des films à la télévision après leur sortie en salle pouvait aller de soi, l'invention d'un format de fictions propre aux chaînes hertziennes a dû suivre un tout autre raisonnement. Peut-être s'est-on rendu compte que le public voulait être diverti avec des histoires plus courtes que celles des films ? Qu'il fallait le fidéliser grâce à une histoire en plusieurs épisodes ? Peu importe. Le développement des séries a connu un tel succès que la télévision en est venue à concurrencer le cinéma. Ou à en être complémentaire ? "La télé, c'est du cinéma simplifié" disait Alfred Hitchcock.

Cette gloire n'avait cependant rien d'éternel, et dans le monde des séries où l'audience est reine, la création est d'un tout autre domaine que dans le cinéma. S'avoir se réinventer est essentiel. Cela est sans doute inhérent au médium télévisuel. De fait, là où le cinéma est tranquillement roi dans ses salles, la série doit faire face à d'autres genres télévisuels (comme dernièrement, la télé-poubelle, aussi communément appelée télé-réalité). On ne compte plus les séries arrêtées sans que leur histoire n'ai connu la moindre conclusion, faute d'assez de spectateurs. Par contre, celles qui marchent durent des années... Quel acteur de cinéma peut se vanter d'avoir fait évoluer son personnage à l'écran pendant plus de cinq ans ?

A cette question, je trouve forcément une réponse (mais ne vous sentez pas inférieurs, c'est juste parce que c'est ma propre question). Harisson Ford. Vigo Mortensen peut en dire autant. Voilà, vous avez compris, le cinéma peut lui aussi marcher par épisode, c'est même devenu un phénomène assez commun : la trilogie. Ou comment recycler le concept de la série au cinéma. Avec un film qui marche, on peut ainsi prolonger l'univers, l'histoire des personnages, et fidéliser le public. Starwars et Lord Of The Ring, pour les plus titanesques, ont connu leur petit succès...

Aujourd'hui, le phénomène marche aussi dans l'autre sens (n'est-ce pas formidable ?). Des créateurs de séries talentueux ont l'honneur de passer au grand écran. Pourquoi ? Les raisons divergent. Joss Whedon, créateur de Buffy et d'Angel, a connu une sacrée débandade avec sa dernière née Firefly. Cette série formidable a été arrêtée avant la fin de la première saison. Mais comme les fans se sont révélés nombreux, Joss Whedon a bénéficié du soutien d'Universal pour reprendre son univers au cinéma et terminer la série dans un film, Serenity. Un prolongement bien pratique. Ayant gagné le respect du monde du Cinéma, Joss Whedon peut maintenant s'attaquer à d'autres films, comme le prochain Wonder Woman. J.J Abrams, créateur d'Alias et de Lost, termine de son côté Mission Impossible 3. Pourquoi fait-on appel à ces créateurs de série pour réaliser des blockbuster au cinéma ?

Simple : certains jugent que le futur est celui des séries télévisuelles. Qu'Hollywood creuse présentement sa propre tombe et que la véritable ingéniosité est celle dont font preuve les séries. Mieux, que ce sont elles qui font aujourd'hui le plus preuve d'originalité. Du coup, pour faire revenir le public dans les salles, et faire des bons films au passage, quelle meilleure idée que d'utiliser les gens talentueux de la télé pour faire des films ? Est-ce que ça marchera ? Rien n'est certain. Le monde des séries se porte bien en tout cas. Espérons que ça restera aussi le cas du monde du Cinéma...

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