

Index
- 1 (Le public pop-corn)
- 2 (Les enfants)
- 3 (Ciné-réalité)
- 4 (Les mauvais films)
- 5 (Les cinq sens)
- 6 (Le langage)
- 7 (Un tournage)
- 8 (Inspiration)
- 9 (La politique)
- 10 (La loi des séries)
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Cinema /
Paranoïa
(2e cycle)
CINÉMA 1
20 Décembre 2004
- Le public pop-corn. Voilà une expression
intéressante. Elle désigne les spectateurs qui
vont au cinéma rarement, le plus souvent le
week-end (mais ne vous y fiez pas trop, ils
changent leurs habitudes assez souvent) et qui
en profitent pour se gaver de pop-corn pendant
la séance. Mais comme tout le monde ici s'en
doute, il serait trop facile de limiter le public
pop-corn à ceux qui mangent des pop-corn au
cinéma. Non, ces gens mangent de tout.
- Ne riez pas. Vous en faites peut-être partie.
Le public pop-corn est un public non-cinéphile,
qui va encore au cinéma pour se distraire, comme
tout à chacun irait faire un tour à la fête
foraine, en famille. Ce n'est pas tout à fait
banal, mais tout de même assez facile d'accès
pour que cette sortie ne prenne pas les allures
de dîner dans un restaurant chic. Avec
tous les inconvénients que cela entraîne.
- Le cinéma est devenu pour ce public un moyen
de regarder un film, comme ils en verraient
un installés dans leur salon, mais sur grand
écran, dans le noir, avec un meilleur son et
dans des fauteuils accrochés au sol (difficile
de dire qu'ils sont confortables, cela tient
plus à ce qu'ils sortent du commun). Mais ce
public pop-corn a aussi tendance à oublier qu'il
n'est pas tout seul dans la salle, qu'il y a
d'autre gens avec lui. Ce qui implique les comportements
suivants :
-
-
Téléphones qui sonnent en plein
milieu de la séance (certains répondent), pieds
sur les sièges, emballages bruyants, machouillage
bruyant, discussion (à voix basse ou pas), consommation
de cigarettes (ou autre)...
-
- Non respect d'autrui. Bien entendu, c'est
une description forcément négative qu'a ce type
de public. Il n'est néanmoins pas forcément
méchant. Par exemple, il peut se constituer
d'une simple famille, deux jeunes parents accompagnant
leur enfant âgé de huit ans. Celui n'aura juste
pas appris qu'il faut qu'il se taise.
- Mais surtout, pour moi, ce public, c'est le
public qui remplit aujourd'hui les salles de
cinéma. Ce public qui fait que beaucoup préfère
ne plus se déplacer et profiter chez eux, tranquillement
et en faisant ce qui leur plait, des films,
sur leur home-cinéma. Et si, le public pop-corn
désignait tout simplement le public qui va encore
au cinéma ?
CINÉMA 2
04 Janvier 2005
Les jeunes enfants emmenés
au cinéma... Une vrai calamité, non ? Pour peu que
vous alliez voir un film de Disney, le dernier Pixar
(Les Indestructibles pour ne pas le citer) ou n'importe
quel autre film dédié autant à ceux dont l'âge est
inférieur au degré d'alcool d'une Guiness qu'à ceux
dont il est supérieur à celui d'une Smirnoff, vous
allez devoir subir les rires enfantins, les pleurs,
les gamins qui ne savent pas rester assis ou muets
plus d'une heure... Et pourtant.
On n'en a pas forcément conscience
lorsqu'on entre dans une salle de cinéma, mais nous
y redevenons tous un peu des enfants. Sans tomber
dans un cours de Cinéma et Philosophie, l'expérience
de visionnage d'un film est depuis longtemps rapproché
de l'expérience onirique, autrement dit du rêve.
N'oublions pas que le rêve est un des dernier vestige
de l'enfance qu'on retrouve chez l'adulte, la part
qui veut encore s'amuser dans l'insouciance, sans
avoir à s'en faire des conséquences de ses actes.
La vision du film est aussi rapproché de la naissance.
Pour chaque film vous faisant découvrir un nouvel
univers, qu'il soit fantastique (Le Seigneur des
Anneaux, Harry Potter, Matrix) ou pas (Les Incorruptibles,
Rio Bravo, The Hours), c'est comme une nouvelle
naissance qui s'offre à vous. Si le film est mauvais,
pas besoin de pousser le cri du nouveau né, merci.
Ainsi, mesdames, mesdemoiselles, messieurs,
lorsque vous visionnez un film, vous êtes soit en
train de rêver, soit en train de naître à nouveau.
Cette expérience se limite néanmoins à l'expérience
en salle de cinéma, plongé dans le noir, loin de
l'environnement habituel dans lequel chacun de nous
évolue chaque jour. Et cette réflexion est encore
l'occasion de revenir sur le fait si troublant,
si inquiétant, de la baisse de fréquentation et
de la préférence croissante des gens pour le DVD
@ home. Soit plus de rêve, plus de naissance. Plus
d'enfants ? Belle société qui s'annonce,
non ?
CINÉMA 3
22 Janvier 2005
La Télé-Réalité... Je sais, on s'éloigne
un peu du sujet habituel du cinéma, mais après tout,
il faut bien remonter jusqu'au singe pour parler
de l'homme et inversement dans la science comportementale.
La Télé-Réalité est un phénomène plutôt jeune chez
nous, apparut à l'aube du XXIe siècle, presque le
bug de l'an 2000 donc. Mais l'histoire a commencé
bien plus tôt chez nos homologues américains, finlandais
ou norvégien. Oui, c'est un phénomène nordique au
départ, histoire de ne pas avoir froid aux yeux
par rapport à ce qu'on regarde.
Partons d'une liste non-exhaustive du phénomène
en France : Loft Story, Star Academy, Kho-Lanta,
L'Île de la Tentation, Fear Factor, La Nouvelle
Star, Popstar (bon, j'arrête là, je vais faire une
crise d'apoplexie).
Le concept ? En théorie, mettre des caméras devant
des gens qui ne sont ni acteurs et les placer dans
certaines situations de la vie réelle, au grand
(dé)plaisir du téléspectateur. Le concept qui marche
le mieux étant de leur donner un but, les faire
devenir une star (de la chanson, rien de mieux pour
l'instant), rêve commun à tous. La Télé-Réalité
a cela d'intéressant qu'elle s'adresse à un spectateur
actif, puisqu'il peut voter et choisir de l'orientation
que prendra l'émission, un peu comme s'il choisissait
le scénario de sa série. Le problème, c'est que
s'il choisit le sort des personnages (lui n'est
pas intéressant, il sort), il ne peut en aucun cas
décider le déroulement de l'émission. Et le déroulement
est la plupart du temps complètement idiot, tout
comme le spectateur qui s'attarde devant l'écran.
Et pourtant, ça marche. Tellement bien qu'on trouve
aujourd'hui autant de ces émissions que de séries
Tv conventionnelles. Pendant combien de temps sera-t-on
tranquille ? Pendant combien de temps cette conception
"réelle" du divertissement va-t-elle se
cantonner à l'univers télévisuel ? Quand un stupide
innovateur va-t-il adapter le réel au cinéma ? Jamais
pourrait-on dire. Après tout, des personnes n'ayant
jamais jouée dans un film, l'idée existe depuis
1945. Le seul projet qui pourrait se rapprocher
de la télé-réalité pour former le ciné-réalité,
ce serait que les personnages ignorent la présence
de la caméra et soient placé dans des situations
qu'ils ne peuvent choisir. Plus qu'à espérer que
ça ne tombera pas sur nous. Ou sur vous.
CINÉMA 4
19 Février 2005
Les mauvais films. Tout le monde en a au
moins vu dix dans sa vie, même s'il ne peut
pas citer un seul bon film. Ça tient parfois
même à une sorte de compétition,
celui qui peut citer un certain nombre de mauvais
films. Ou, autre genre, celui d'aimer les mauvais
films. C'est parfois tellement mauvais que c'en
est hilarant. Pour ces afiocandos des mauvais films,
les géniaux producteurs de cinéma
ont créés les séries B et Z.
Quelle grande idée. Mais malgré tout,
quand on regarde les films produits au cours de
l'année 2004, de combien peut-on dire qu'ils
nous ont marqués, retournés, bref
marqués ? Difficile, non ? Surtout quand
on voit tous les mauvais films faits à côté.
Mais voilà, si les mauvais films n'existaient
pas, qu'est-ce qui feraient qu'un bon film serait
bon ? C'est toujours la même question. Si
la vie n'était faite que d'évènements
heureux, la plus petite égratinure deviendrait
un drame, une tragédie, un tsunami... Mais
je m'emporte. On a toujours besoin de voir un mauvais
film pour le comparer à un bon. Si le cinéma
n'était fait que de bons films, ce serait
certes merveilleux, mais des critères comme
l'innovation ou l'originalité seraient-ils
encore d'actualités ? Un bon film n'est pas
forcément un film qui innove mais est surtout
un film qui distrait (c'est la fonction première
du cinéma, que vous soyez distrait en réfléchissant
ou en étant simplement avachi dans votre
fauteuil). Les mauvais films sont nécessaires
au bon fonctionnement du monde et leur non-existence
aboutirait à un paradoxe infernal pouvant
provoquer jusqu'à la destruction totale de
l'univers (ou seulement de notre galaxie, si on
reste optimiste).
Reste le cas des films moyens. Mais si, ces films
dont vous ne savez que dire, qui comportent autant
de qualités que de défauts et dont
votre critique, lorsqu'un ami vous demande votre
avis, se résume à : "Ouais, c'était
pas mal, mais... Voilà, sans plus."
Que viennent faire ces films dans l'univers qui
serait parfait du cinéma ? Comme le monde,
qui n'est ni tout noir ni tout blanc (il est gris),
le cinéma ne peut comporter que de bons et
de mauvais films, il en faut des moyens. Mais que
sont-ils réellement ? Le mauvais film, par
exemple, est un film qui a tout simplement manqué
de soin. Un bon film est un film dont on s'est assuré
qu'à chaque étape de son développement,
il bénéficiait du top niveau. Un film
moyen ? Deux solutions : c'est soit un mauvais film
qui est raté puisqu'un peu trop réussi,
soit un bon film raté puisque pas assez soigné.
Ces films sont inutiles et sont ceux qui ne devraient
vraiment pas existaient. On ne peut même pas
rire d'eux ! On ne peut même pas en avoir
pitié ! C'est juste... Dommage.
Maintenant, comme certaines personnes aiment aller
voir des mauvais films (un peu SM dans l'âme
ces gens-là), il y a des types que ça
ne dérange pas de voir un film moyen. Tous
préfèreront voir un bon film mais,
de toute façon, un bon film n'existe pas.
Quoi ? Vous ne vous êtes pas encore rendu
compte que "bon", "moyen" et
"mauvais" sont des critères de
jugement subjectifs et qu'on ne peut être
tous d'accord sur la qualité d'un film ?
Mais non, tout ce que j'ai écrit ne sert
pas à rien. Ce que je souhaite faire comprendre,
c'est que selon vos propres critères, voir
des mauvais films et des bons films est important.
Rien que pour savoir faire la différence
entre les deux...
CINEMA 5
11 Avril 2005
Les cinq sens. On va se calmer après
nos prédictions paranoïaque de la semaine
dernière (et qui se sont révélée
exacte... La CIA lit probablement ces quelques mots
en même temps que vous) et parler de cinéma,
le septième et dernier art à avoir
officiellement acquis ce statut (la BD n'est le
9e art que pour une minorité de gens). Comment
percevons-nous le cinéma ? D'abord, par un
artifice visuel. Au départ, n'oublions pas
que le cinéma n'était que de la photographie,
mais de la photo animée. C'est grâce
au mouvement de la pellicule au rythme de 16 images
par seconde, puis par 24 images par seconde que
nous percevons le film comme un mouvement relativement
similaire à la réalité. C'est
donc grâce à la persistance rétinienne
(même si le phénomène n'existe
pas dans la rétine mais dans le cortex),
en trompant l'oeil, que nous percevons le cinéma.
Mais si le cinéma n'était dépendant
que de notre vue, il serait resté aussi expressif
qu'une simple photographie, assez peu donc, n'en
déplaise aux photographes. La différence
est l'histoire que peut raconter le cinéma
lorsqu'une photographie se limite à une seule
vue. L'arrivée du son, quelques trente années
après l'invention du cinématographe,
a beaucoup amélioré le processus du
récit, en faisant appel à l'ouïe
du spectateur. Ouïe qui était d'ailleurs
bien utilisée auparavant avec les orchestres
ou autres disques qui accompagnaient les séances.
Ainsi, la musique ajoutée aux images pouvait
faire naître une émotion plus intense.
Ensuite vint la parole, permettant un récit
plus complexe tout en restant compréhensible.
L'ouïe se révèle essentiellement
à notre compréhension et donc à
notre perception du cinéma.
Restent le goût, l'odorat et le toucher.
Si on a plusieurs fois parlé d'un cinéma
odoriférant, jamais encore l'expérience
ne s'est révelée assez concluante
pour la mettre en pratique à grande échelle.
Pour le goût, comment le retrouver si ce n'est
en dévorant son pop-corn devant un bon buddy
movie ? Quant au toucher, l'expérience du
cinéma 3D et des images qui sortent de l'écran
jusqu'à sembler proche de nous, assez proche
pour qu'on puisse les carresser de la main, semble
la plus proche de cette sensation. C'est trois sens
sont finalement assez peu présent dans le
processus de perception du cinéma, sont-ils
inutiles ? Le film est une représentation,
que ce soit de la réalité ou pas,
et nous permet d'entrer dans un monde, similaire
au nôtre ou pas. Si le goût, l'odorat
et le toucher n'y sont pas utiles, le sont-ils dans
notre réalité ? Prenons la question
dans son sens inverse. Si le goût, l'odorat
et le toucher sont utiles dans la réalité,
pourquoi ne le seraient-ils pas pour un film ? Ils
le sont. Pas directement du moins, mais par identifications
à ce que nous voyons. Lorsqu'un personnage
se blesse ou lors d'une scène d'amour, instinctivement,
inconsciemment, notre sens du toucher est mis en
éveil. Lorsqu'un personnage dévore
un sandwich à l'écran, la faim ne
se fait-elle pas sentir ? Nous avons besoin de ces
sens pour connaître et ressentir l'histoire
qui nous est montrée.
Les cinq sens sont essentiels à notre perception
du cinéma, comme à notre perception
du réel, et cela même si on reste confortablement
assis dans son fauteuil. Un sourd perd l'essence
du cinéma. Si le monde était aveugle,
le cinéma n'existerait même pas. Et
si une personne était insensible au goût,
à l'odorat et au toucher dès sa venue
au monde, il perdrait une dimension essentielle
de ce qu'est l'aventure cinématographique.
CINEMA 6
13 Juin 2005
Le langage. J'aurais pu passer par de nombreux
thèmes philosophiques dans cette rubrique,
mais j'ai décidé de m'intéresser
au langage au cinéma, ce qui est beaucoup
plus concret. Le langage au cinéma n'a pas
toujours été, d'ailleurs, puisqu'au
départ tout était muet. Et un beau
jour de 1926, un film se met à se sonoriser.
Il ne faudra pas longtemps pour que les films se
mettent tous à parler, chanter, le tout dans
les différentes langues disponibles dans
le monde. Mais si aujourd'hui le doublage est pratiqué
de façon constante, à l'époque,
c'était différent. A chaque fois qu'on
voulait avoir un film américain en français,
il était entièrement retourné,
avec réalisateur et acteurs français.
Comment en est-on venu à la pratique du doublage
? ça ne paraît pas un peu dingue d'enlever
les dialogues d'un film pour remettre les siens,
pour que ce soit "plus compréhensible"
?
Aujourd'hui, l'affaire du doublage est devenu l'éternel
combat de la Version Originale et de la Version
Française. Chacune a ses défenseurs.
Certains préfèrent voir un film tel
qu'il a été fait à l'origine,
en VO, quitte à lire les sous-titres pendant
tout le film. D'autres veulent pouvoir profiter
pleinement du film et ne rien manquer de l'image
en cherchant à comprendre le son, et vont
voir le film en VF. Autre argument de la deuxième
partie, on ne va pas au cinéma pour lire.
Qui n'a jamais été voir un film en
VO pour voir d'autres personnes sortir de la salle
au début du film parce qu'il n'est pas en
français ?
Il y a aussi ceux qui vont voir les films en VO
seulement lorsque le langage original leur est familier.
Ainsi, inutile d'aller voir un film japonais en
japonais lorsqu'on ne comprend rien en japonais
?
Heureusement, les mentalités évoluent.
La VO, auparavant limitée aux cinémas
d'Art et Essai, entre maintenant dans les cinémas
commerciaux, les multiplexes. Et ce, même
si la caissière continue à vous demander
:
"Mais c'est en VO, vous êtes sûr
que c'est ce que vous voulez ?"
Maintenant, qui a raison ? La Version Originale
? La Version Française ? Beaucoup préfèrent
la VO parce que la voix fait partie du jeu des acteurs.
Expression, intonation, ou juste timbre de voix...
Avec le doublage, leur jeu est modifié. D'ailleurs,
qui n'a jamais vu une Version Française complètement
démolie par le doublage, parce que baclée
? Et pourtant, la VF a ses avantages. On la préfère
pour les films qu'on a vu quand on était
trop jeune pour lire les sous-titres (Retour Vers
le Futur pour ma part), ou quand le doublage est
assuré par des professionnels, comme les
films avec Bruce Willis doublé par son doubleur
officiel.
A l'heure où les films d'animations se multiplient,
et où la voix ne fait plus partie du jeu
de l'acteur (bah oui, l'acteur est numérique),
comment considérer le doublage ? Le problème
se pose encore. En VO, les acteurs qui doublent
les personnages animés sont souvent célèbres,
et en VF, s'ils sont célèbres, ce
n'est pas souvent pour leurs talents d'acteurs...
VO, VF, chacun a sa préfèrence. Mais
plus que des gens et du langage qui est le leur,
c'est du film et de son langage que tout
dépend.
CINEMA 7
10 Août 2005
Un tournage. Pour les deux du fond qui ne
suivraient pas, oui, ceux à côtés
du radiateur, nous parlons ici d'un tournage de
film. Le mot en lui-même vient des premières
années du cinéma où il fallait
encore tourner une manivelle pour actionner le moteur
des caméras. Aujourd'hui, ce n'est plus le
cas. "Moteur !", on appuie sur le bouton
rouge. "ça tourne" répond
alors le cadreur chargé de la précieuse
caméra. Tout le monde est en place. "Action
!" crie le réalisateur. Les comédiens
entrent en scène. Ils jouent. Jusqu'à
ce que leur interprétation prenne fin, les
techniciens gardent le silence, et avec une maîtrise
experte, ils capturent les images et les sons qui
émanent des acteurs. Et, enfin, le réalisateur
crie "Coupé !", avec un soulagement
à peine dissimulé. La scène
est en boîte, elle est bonne. Voilà
comment se passe un tournage. Ou comment il devrait
se passer. C'est rarement le cas.
Un tournage pourrait plutôt s'identifier
à un naufrage. Certains ressemblent au titanic,
d'autres au radeau de la méduse, les survivants
regagnent le port dans la majorité des cas,
mais dans quel état ! Tout part d'un embarquement
comme un autre, ou plutôt, comme ceux qui
pouvaient avoir lieu au 16-17e siècles. Un
armateur prépare son bâteau, engage
un capitaine et un équipage pour partir à
l'aventure. Prenez Christophe Colomb et imaginez-le
en Steven Spielberg par exemple. Parfois, le capitaine
est un vrai pirate, donnant des ordres à
tort et à travers sans faire attention aux
besoins de ses matelots. D'autre fois, il hésite
à faire naviguer son bâteau par la
droite ou par la gauche, notamment quand il se fait
attaquer et qu'il commence à paniquer. Dans
les deux cas, son attitude peut entraîner
une mutinerie de l'équipage et le capitaine
ne garde plus que son titre. Il est relegué
à fond de cale. Quand le capitaine du navire
connaît son affaire, rien n'empêche
cependant le navire de rencontrer des tempêtes
incroyablement difficile à surmonter. Les
mâts du navire peuvent de briser, les toiles
des voiles peuvent se déchirer, des matelots
peuvent tomber à l'eau, la nourriture peut
se révéler invariée ou en quantité
insuffisante... Le naufrage n'est jamais loin.
Pour aller plus loin dans la comparaison, faire
un film, c'est comme partir pour l'Ile au Trésor
de Stevenson. On part plein d'espoirs, on rencontre
de sérieuses désillusions pendant
le voyage, et on revient changé. Reste que
le film doit se faire. Les spectateurs se rendent
rarement compte de ce que l'équipe du film
a dû affronter pendant la production. A l'image,
nul trace de cette cassette qui manquait, de cette
pluie qui a détruit tout un décor
ou encore de cet acteur trop bavard. Le spectateur
ne garde que le meilleur du processus. Un peu comme
l'armateur du bâteau, à qui revient
les bénéfices et trésors que
sont partis chercher l'équipage. Et en fait,
la plupart du temps, indirectement, c'est le spectateur
qui est l'armateur du film. C'est pour lui qu'on
choisit tel réalisateur, tel acteur, tel
scénario. Pour lui plaire. Le spectateur
est-il acheteur ou vendeur ? Lors d'un tournage,
c'est difficile à dire. On en vient à
ne plus savoir ce qu'on fait pour lui.
Comme disait un autre grand philosophe, la vie,
c'est comme une boîte de chocolat, on ne sait
jamais sur quoi on va tomber. Il en va de même
avec le cinéma. On ne sait jamais vraiment
ce qu'on va tourner. On ne sait que rarement avec
qui on s'embarque et vers quoi. Et aucun des navires
ne revient jamais comme il est parti. Son équipage
n'est plus au complet, le bâteau est abîmé...
De quoi donner le mal de mer. Un tournage est
une expérience similaire, souvent difficile.
Et son seul but est de faire passer au spectateur
un agréable moment, durant une douce croisière.
CINEMA 8
27 Septembre 2005
Inspiration. C'est sans doute de là
que vient l'art, sous n'importe quelle forme. Il
en du moins fortement tributaire. Le cinéma
autant que la peinture ou que la musique. Que serait
un réalisateur sans inspiration, un acteur
sans inspiration ? Rien d'autre qu'un ouvrier. Et
si un ouvrier peut faire son travail avec merveille
et excellence, il n'en est pas moins contraint à
ne faire que ce qu'il sait faire. L'inspiration
lance vers l'infini et au-delà, un dépassement
des limites. Un acteur inspiré en viendra
aux larmes dans une scène où, sans
elle, il aurait tout juste été capable
de grimacer (Sean Penn, si tu me lis, sache que
tu sais faire les deux). L'inspiration, dans le
cinéma, intervient dès le scénario.
Mais que fait un scénariste lorsque l'illumination
ne lui vient pas, qu'il souffre du syndrome de la
page blanche ? Il s'inspire...
Un scénariste graciée par l'inspiration
et un scénariste qui s'inspire sont deux
choses très différentes. Le premier
créera un monde nouveau, y fera naître
des personnages qui seront eux-mêmes régit
par des règles inédites, et tout ce
petit monde s'en ira gaiement à l'assaut
du grand écran. Le second, par contre, s'inspirera
de ce qui l'entoure, de ses lectures (qui a dit
adaptations littéraires ?), de la société
qui lui est contemporaine, des évènements
importants de son siècle (Tolkien, si tu
me lis, toi aussi tu sais très bien faire
les deux). Et ce qui m'intéresse, moi, ce
que nous nous attardions un moment sur le second
cas. Alors oui, bien entendu, il est majoritaire
dans le clan des scénaristes. De moins en
moins sont gagnés par l'inspiration, la plupart
s'inspire de ce qui leur tombe sous la main, bon
ou mauvais matériel. J'en veux pour preuve
la statistique suivante : 40% des films sortis sur
nos écrans cette année étaient
adaptés de livres. Plus d'un sur trois !
Ah oui, quand même.
Mais il y a des scénaristes peu inspirés
qui s'inspire d'autre chose, misant, sinon sur l'originalité,
au moins sur l'audace. Car ceux-ci traitent des
évènements majeurs. Exemple ? Les
attentats du 11 septembre 2001 (oui, au pif). Quatre
ans après le drame, déjà deux
films sont en préparation au coeur des studios
hollywoodiens, et c'est sans compter les nombreux
docu-fictions qui nous refont vivre la tragédie
en nous plongeant dans un des avions qui allaient
s'écraser sur le World Trade Center. A quand
un film décortiquant les motivations de Ben
Laden ? (je vois que la CIA nous a rejoint, bienvenue).
Autre exemple avec le film "La Chute",
retraçant les derniers jours d'Hitler. Plus
de cinquante ans après l'holocauste et sa
bêtise humaine. On pourrait croire qu'assez
de temps s'est écoulé pour traiter
le sujet. Et pourtant... Nombre de gens se sont
indigné du traitement de l'histoire (plus
sur le forme que sur le fond, certes, mais bon).
Qu'en sera-t-il avec les films sur le 11 Septembre
? N'aura-t-on que des films où les gentils
sont des anges et où le patriotisme et la
foi domineront ? Aucun regard critique ? L'avenir
nous le dira.
L'inspiration est aujourd'hui si rare dans
le monde du cinéma qu'on pioche là
où les rebondissements sont si incroyables
qu'on peut les voir sur grand écran. Dans
la vie. Aujourd'hui le 11 Septembre, sans doute
Coming Soon In Theatre les cyclones Kathrina et
Rita... Mais est-ce que quelqu'un s'est soucié
de savoir si assez de temps s'était écoulé
? Non. Si les gens ne sont pas prêt, il suffira
de les bousculer un peu. De toute façon,
le tiroir-caisse se remplira de lui-même...
CINEMA 9
10 Décembre 2005
La Politique. Je parlais encore il y a quelques
temps de l'inspiration et de ses travers dans le
cinéma. Sans que cette chronique y fasse
directement suite, elle traite elle-aussi du sujet
des films, toujours sensible à trouver. Les
films de cinéma ont ce point commun de posséder
un large fond fictionnel. Néanmoins, le nombre
d'oeuvres qui possèdent un sous-jacement
plus subtil n'est pas négligeable. Une seconde
lecture. Qui peut-être, comme nous allons
le traiter maintenant, un plaidoyer politique.
Un message est toujours difficile à faire
passer. Même aujourd'hui, avec l'explosion
du monde des télé-communications,
victime de son propre succès. Internet est
devenu un foure-tout indéfinissable dans
lequel on ne trouve souvent que ce qu'on ne cherche
pas. Alors, un message... Le monde de l'image est
parasité par l'utilisation qu'en fait notre
société. Impossible de sortir dans
la rue sans se trouver confronté à
une publicité quelconque, souvent illustrée
d'un jolie mannequin légèrement dénudée.
Même si ce n'est pas forcément désagréable
(mais si, avouons-le) comment ensuite faire passer
un message pour la faim dans le monde, la paix entre
les peuples ou un big mac à seulement 4.99
euros ? Notre attention se relâche, jusqu'à
ne plus trouver ce qui est important.
Le cinéma offre alors une tribune toute
particulière. Quelle magnifique cible que
ces centaines de milliers de spectateurs, à
travers le monde, qui entre dans une salle obscure
pour y trouver un monde qui leur permettrait de
se détacher du leur. Mais dans le noir, qui
distingue la réalité de la fiction
? Personne. On assimile les deux de la même
manière. Un message sur les guerres de gang
en amérique du sud ? Facile. Un message contre
le traffique d'armes ? Pas impossible. Un film dénonçant
les horreurs de la guerre en Irak ? Il suffit de
s'appeler Sam Mendes et d'avoir un oscar. Pour autant,
ces films aux sujets politiques ne sont pas forcément
aisés à produire. L'argent est réticent
à prendre position. Mais tant qu'il y a une
histoire qui tient la route pour faire passer autant
une première qu'une deuxième lecture,
les films se feront. Ce n'est que du cinéma...
Il y a aussi l'exemple à part du Documentaire.
C'est un genre largement à part, peut-être
sous-estimé, dans le microcosme interne du
cinéma. Les majors hollywoodiennes s'y intéressent
à peine, et la situation n'est pas plus reluisante
en France. Seuls quelques docus, quelques réalisateurs,
arrivent à percer au cinéma. Par exemple,
Luc Jacquet et sa "Marche de l'Empereur".
Tout dépend du sujet, de ce qui touche les
foules. Dans ce domaine aussi, on trouve souvent
des thèmes politiques. La meilleure démonstration
est celle, plus ou moins récente, que nous
a fait Michael Moore deux fois de suites, avec "Bowling
For Columbine" et "Farenheit 9/11".
Deux brûlots politiques qui prennent farouchement
position, le dernier étant directement une
tarte lancée à la tête du président
Bush.
La Politique au cinéma, ne nous faisons
pas d'illusion, ça marche bien, ça
marche fort. Tellement que d'autres domaines ont
décidés d'imiter ceux qui font passer
leurs idées par ce média. Qui ? Les
publicistes. On peut faire passer un point de vue
dans un film ? Des publicités pour Nike,
Puma, ou la dernière Mercedes aussi. Voir
Will Smith montrer quatre fois de suite ses nouvelles
chaussures dans "I, Robot", c'est priceless.
Tout comme voir Ewan McGregor et Scarlett Johanson
pendus au logo géant de Reebok (The Island).
Dans un film qui traite néanmoins du clonage,
sujet on ne peut plus brûlant. Troublant,
n'est-ce pas ?
CINEMA 10
05 Mars 2006
Les séries. Quel meilleur sujet que
celui-ci pour terminer ces chroniques, cette série
d'essais ? Les séries, ça fait un
bout de temps qu'elles ont envahies le petit écran.
Nombreuses sont celles que partagent les générations
d'hier, d'aujourd'hui et même de demain, grâce
aux nombreuses rediffusions. Et si la diffusion
des films à la télévision après
leur sortie en salle pouvait aller de soi, l'invention
d'un format de fictions propre aux chaînes
hertziennes a dû suivre un tout autre raisonnement.
Peut-être s'est-on rendu compte que le public
voulait être diverti avec des histoires plus
courtes que celles des films ? Qu'il fallait le
fidéliser grâce à une histoire
en plusieurs épisodes ? Peu importe. Le développement
des séries a connu un tel succès que
la télévision en est venue à
concurrencer le cinéma. Ou à en être
complémentaire ? "La télé,
c'est du cinéma simplifié" disait
Alfred Hitchcock.
Cette gloire n'avait cependant rien d'éternel,
et dans le monde des séries où l'audience
est reine, la création est d'un tout autre
domaine que dans le cinéma. S'avoir se réinventer
est essentiel. Cela est sans doute inhérent
au médium télévisuel. De fait,
là où le cinéma est tranquillement
roi dans ses salles, la série doit faire
face à d'autres genres télévisuels
(comme dernièrement, la télé-poubelle,
aussi communément appelée télé-réalité).
On ne compte plus les séries arrêtées
sans que leur histoire n'ai connu la moindre conclusion,
faute d'assez de spectateurs. Par contre, celles
qui marchent durent des années... Quel acteur
de cinéma peut se vanter d'avoir fait évoluer
son personnage à l'écran pendant plus
de cinq ans ?
A cette question, je trouve forcément une
réponse (mais ne vous sentez pas inférieurs,
c'est juste parce que c'est ma propre question).
Harisson Ford. Vigo Mortensen peut en dire autant.
Voilà, vous avez compris, le cinéma
peut lui aussi marcher par épisode, c'est
même devenu un phénomène assez
commun : la trilogie. Ou comment recycler le concept
de la série au cinéma. Avec un film
qui marche, on peut ainsi prolonger l'univers, l'histoire
des personnages, et fidéliser le public.
Starwars et Lord Of The Ring, pour les plus titanesques,
ont connu leur petit succès...
Aujourd'hui, le phénomène marche
aussi dans l'autre sens (n'est-ce pas formidable
?). Des créateurs de séries talentueux
ont l'honneur de passer au grand écran. Pourquoi
? Les raisons divergent. Joss Whedon, créateur
de Buffy et d'Angel, a connu une sacrée débandade
avec sa dernière née Firefly. Cette
série formidable a été arrêtée
avant la fin de la première saison. Mais
comme les fans se sont révélés
nombreux, Joss Whedon a bénéficié
du soutien d'Universal pour reprendre son univers
au cinéma et terminer la série dans
un film, Serenity. Un prolongement bien pratique.
Ayant gagné le respect du monde du Cinéma,
Joss Whedon peut maintenant s'attaquer à
d'autres films, comme le prochain Wonder Woman.
J.J Abrams, créateur d'Alias et de Lost,
termine de son côté Mission Impossible
3. Pourquoi fait-on appel à ces créateurs
de série pour réaliser des blockbuster
au cinéma ?
Simple : certains jugent que le futur est celui
des séries télévisuelles. Qu'Hollywood
creuse présentement sa propre tombe et que
la véritable ingéniosité est
celle dont font preuve les séries. Mieux,
que ce sont elles qui font aujourd'hui le plus preuve
d'originalité. Du coup, pour faire revenir
le public dans les salles, et faire des bons films
au passage, quelle meilleure idée que d'utiliser
les gens talentueux de la télé pour
faire des films ? Est-ce que ça marchera
? Rien n'est certain. Le monde des séries
se porte bien en tout cas. Espérons que ça
restera aussi le cas du monde du Cinéma...
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